Dr Marcello Molinaro
Dentiste, fondateur de PerioVoice AI · 08 août 2026
Löe H, Theilade E, Jensen SB. « Experimental Gingivitis in Man ». Journal of Periodontology, 1965 ; 36(3):177-187.
C'est l'une des études les plus citées de toute la parodontologie. Avant elle, le lien de cause à effet entre plaque dentaire et gingivite n'avait jamais été démontré expérimentalement chez l'humain — seulement observé par corrélation. Löe et ses collègues ont conçu un protocole simple pour trancher la question : provoquer une gingivite en laboratoire, sur des sujets sains, en supprimant volontairement l'hygiène bucco-dentaire.
Douze étudiants en dentisterie, sélectionnés pour leur excellente hygiène bucco-dentaire et des gencives cliniquement saines au départ, ont interrompu tout brossage et toute hygiène interdentaire pendant 9 à 21 jours. Les auteurs ont mesuré à intervalles réguliers l'indice de plaque (PI) et l'indice gingival (GI) — deux indices que Löe avait lui-même contribué à développer quelques années plus tôt. À la fin de la période d'observation, l'hygiène bucco-dentaire était reprise pour observer la réversibilité des lésions.
Les 12 sujets ont développé une accumulation de plaque visible et une gingivite généralisée (légère à modérée) en l'espace de quelques semaines, sans exception. La sévérité de l'inflammation gingivale suivait de près l'accumulation de plaque. À la reprise du brossage, la gingivite a régressé chez tous les sujets, confirmant le caractère réversible de l'inflammation à ce stade précoce.
L'échantillon est petit (12 sujets) et non randomisé au sens moderne — attendu pour une étude expérimentale de 1965. Sa force ne vient pas de la puissance statistique, mais du design : en supprimant l'hygiène puis en la réintroduisant chez les mêmes sujets, l'étude établit un lien de causalité direct (et sa réversibilité), là où les études observationnelles précédentes ne pouvaient que suggérer une association. C'est ce design qui en a fait un modèle repris dans des centaines d'études ultérieures (le « modèle de gingivite expérimentale »), encore utilisé aujourd'hui pour tester de nouveaux produits d'hygiène bucco-dentaire.
Cette étude a établi la plaque dentaire comme cause directe et suffisante de la gingivite, et démontré la réversibilité de l'inflammation gingivale par le contrôle de plaque seul — un principe qui reste au fondement de toute prévention parodontale six décennies plus tard, y compris de l' intérêt clinique porté au contrôle rigoureux des sites à risque lors du suivi.